L’assassin revient toujours sur les lieux de son travail inédit

Aujourd’hui, on va parler travail inédit, pignolage, criminalistique et limite du travail encyclopédique. Vaste programme !

Je vais en parler d’autant plus profondément que je me suis jetée, dès les premières heures, dans l’histoire que je vais vous conter. A cette heure, j’ai décidé de rédiger ce billet parce qu’il me semble indiquer dramatiquement le vaste champ de la recherche encyclopédique et les limites ténues mais néanmoins concrètes de la recherche personnelle inédite.

C’est aussi l’occasion pour ceux de mes lecteurs présents ou futurs qui n’y connaissent que couic à Wikipédia de découvrir l’un des aspects les plus rigolos (j’insiste) de Wikipédia : le detail-pignoling, ou sourcillation. Dans la vraie vie™, votre chef vous a-t-il déjà imprimé un rapport puis vous l’a renvoyé avec toutes les apostrophes entourées de rouge ?

  • Si non, c’est normal.
  • Si oui, vous mentez, ce n’est pas votre chef, vous êtes sur Wikipédia.

Sur Wikipédia, des blocages, protections de pages, prises de décision globale ont eu lieu et de l’encre, du sang et des larmes coulent régulièrement pour des choses aussi insignifiantes que le type d’apostrophe utilisé, le plan type d’un bas de page ou la systématisation de l’ajout d’un petit drapeau pour signaler la nationalité des sportifs.

Grande guerre des Apo, chant MCXXIV : « Par arrests que decidoient constables & nosbliaux, plus jamais apoſtrophe droiste ne fu torné ni les très-courbe destorné, puiſque l’authorité en revent au Créateur de l’article, por les ſiecles des ſiècles, amen. »

Le principe même de Wikipédia est de restituer la connaissance connue. C’est flou et large mais destiné à compenser un des plus gros problèmes d’une encyclopédie rédigée par des amateurs, c’est-à-dire : son amateurisme. Pour mieux baliser un projet naissant une règle a été édictée : interdiction de faire des travaux inédits. Les travaux inédits comprennent :

  • Les théories non publiées,
  • La fusion froide que vous avez réalisé grâce à votre toute dernière machine fonctionnant à partir de rayon cosmique et de wtf,
  • Les déductions extrapolées à partir de plusieurs sources publiées ne parlant pas du sujet des déductions extrapolées,
  • La véritable vérité vraie sur le meurtre de John F Kennedy.

Un peu a la manière de « le vrai sage est celui qui sait qu’il ne sait pas tout », dans Wikipédia on peut écrire vraiment plein de trucs, mais on doit admettre que parfois, on ne sait pas car le monde entier n’en a rien a foutre. Il y a lacune, ce n’est pas notre faute et tenter de le combler à tout crin ne sert à rien : il faut admettre que parfois, il n’y a que sur Wikipédia qu’on se soucie vraiment de savoir si quelqu’un est mort ou décédé, dans le résumé ou dans l’article, tant qu’il est refroidi de manière effective.

Sauf que voilà, ces lacunes dans le savoir mondial, ces trous bêtes de néantus d’intérêt, c’est un peu comme les gens qui font du piano debout : c’est sans doute un détail pour vous, mais pour les wikipediens ça veut dire beaucoup.

Bataille des anglicismes, chant 27 : « And from a saxon’s arse shallt thou make thyself a tam-tam » (avec trait d’union à tam-tam de manière à lutter contre la réforme orthographique de 1990)

Alors aujourd’hui, pour toi public mon amour, on va suivre mes aventures dans le monde du TI, depuis la question-qui-tue jusqu’à l’irréversible extrémité malheureuse.


Tout commence un beau jour riant d’août (le 4) où 85.2.173.239, s’exclame « sus aux anglois ! » et pose ce fait :

En français, on ne dit pas « scène de crime », qui est la traduction erronée de l’anglais « crime scene ». Il faut changer l’entrée en : « la scène d’un crime » ou « la scène du crime » ou « le lieu du crime ».

En substance le débat est lancé, plus ou moins, avec beaucoup de noms d’oiseaux ainsi que ma première accusation en jeunesse excessive, que je me suis épinglée au veston avec une sorte de fierté blessée mais émue : oui j’ai été fan de Sailor Moon, et alors, cela me rend-il moins capable de corriger des fautes d’orthographe ? Non, madame ! Damnation. Fuck.

Mais la question vaut la peine d’être posée : scène de crime, est-ce le bon terme ? Est-ce un barbarisme ? Faut-il dire scène/lieu/lieux de/du/d’un crime ?

Wait... what ?

Wait… what ?

Ah, je vous ai vu dans le fond, je vous ai vu écarquiller les yeux petit malandrin. On arrête ça tout de suite, le sujet est grave, sisi j’insiste, déjà 25 000 octets d’hémoglobine ont été versées pour départager ce detail-pignoling, dont une bonne partie par votre serviteur.

Je disais, la question a de l’intérêt. Une recherche rapide sur google et google livres fait apparaître des liens très récents et des livres tout aussi récents sous le titre de scène de crime. Des livres de criminalistique, des sites sur le boulot de technicien de scène de crime. Parfois des opus traduits de l’anglais mais pour une bonne part ce sont des sources françaises de tout bord : Canada, Suisse, France… Là-dessus, une comparaison des résultats entre scène de crime, scène du crime et scène d’un crime est assez indubitable : le terme actuellement en vogue est bien scène de crime.

Mais ! Mais c’est le terme actuel qui pose problème, c’est-à-dire que si l’on a presque résolu le problème posé par le titrage de l’article (d’après le principe de moindre surprise c’est le terme le plus usité qui doit servir à titre), cette réponse ne résout pas le problème de si ce terme est un barbarisme ou pas. Et c’est justement ce que l’IP me reproche : pourquoi substituer un anglicisme d’usage courant à une traduction correcte dans un français correct ? Car si c’est effectivement une mauvaise traduction, scène de crime et scène du crime étant au coude à coude il faudrait préférer scène du crime ? Oui mais non, non mais oui : c’est là que le TI commence.

Tu pousses le TI un peu trop loin Maurice !

Si l’on part sur la base que c’est une traduction mal faite, les petits lutins qui éditent Wikipédia au service de l’univers se sont armés de tous les dictionnaires passant à leur portée : ils sont formels… Ah non. On pourrait comparer le terme à un terme technique comme le boson de Higgs, mais sinon ce serait sans doute scène d’un crime. Le verdict de Linguee est tout à fait tranché… Crime scene = lieu du crime, lieux de crimes, lieu de crime, lieu d’un crime, scène de crime, scène du crime… Vous riez ? Il ne faut pas. Parce que d’autres dictionnaires donnent uniquement un ou quelques unes de ces solutions.

En bref, si jamais c’était une expression tirée de l’anglais, ben… On saurait pas trop quelle est la bonne solution.

Un éclair de fulgurance survient : et si le bon titre était lieu du crime parce que c’est… un lieu ! C’est vrai, mais alors d’une ça ne correspond pas au sujet et de deux ça ne correspond pas aux sources (qui disent qu’en gros le lieu du crime est inclus dans la scène du crime mais que la scène du crime ne se résume pas seulement à sa localisation et son étendue). Vous commencez à trouver qu’on se prend un peu beaucoup la tête ? Ce n’est pourtant pas finit.

TI level, it’s over 9000 !!

Et si le lieu du crime, dans l’expression le meurtrier revient toujours sur les lieux du crime, était la phrase d’origine et par glissement, on serait arrivé à scène ? Quel est le problème de cette question transformée en affirmation ? Sans doute qu’il n’est ni possible de la réfuter ni de l’affirmer : les sources qui traitent de lieu du crime remontent jusqu’au XVIème siècle au moins, pour décrire… des lieux. Scène de crime lui est utilisé depuis 1852… Oh et vous voulez savoir un truc ? Il est fort probable qu’en vrai scène de crime dérive non pas de lieu mais de théâtre du crime, le théâtre du crime étant une expression que j’ai retrouvé dans un bouquin sur la théorie du code d’instruction criminelle datant de 1845.

Et sinon, un ami policier travaillant en tant qu’OPJ en région parisienne m’a indiqué qu’on dit « scène de crime ». Mais l’INPS dit « scène d’infraction » (indéfini haha !). Et un bouquin rédigé par une avocate fan de criminalistique ne dit que scène du crime. Je reviens je vais pleurer.

Ah et aussi, scène du crime semble avoir beaucoup plus de résultats dans google livres sauf si on prend en compte qu’une bonne partie des résultats sont issus de romans. Ce ne sont donc pas des sources secondaires de qualité ! Mais cherche-t-on la qualité ? Ah oui et puis scène de crime est utilisé dans un sens général pour les crimes, scène du crime pour les crimes identifiés dont on a parlé précédemment(donc évocation avec l’article défini)…

Stop stop stoooop !

On arrive maintenant au point important : cette ip n’est pas la seule personne à penser que scène de crime est un barbarisme infâme inoculé aux cerveaux dégénérés des jeunes générations abruties à coups de séries américaines débiles. Cette ip n’est même pas la seul à s’être posée la question de la syntaxe correcte de cette expression, le pire est bien que ce genre de pignolage se retrouve ici et . Wikipédia ne peut pas refléter ce genre de savoirs et aucun wikipédien ne peut, décemment recouper des informations, triant des ouvrages par date et par langue, par sujet et par signification, pour expliquer l’origine de cette phrase. Tant que seuls quelques hobbyistes sourcilleux seront intéressés par le sujet, sans jamais publier « Des origines obscures des scènes de crime », personne ne saura si le de est volontairement laissé indéfini pour dire que la scène est un type de scène propre aux crimes et délits, ou si l’expression usant de l’article indéfini est là juste parce que nous sommes, nous francophones, de sacrés rigolos un peu flemmards qui traduisent l’indénombrable crime scene par un article indéfini (mais est-ce cohérent avec le fait que l’on dit aussi scene of the crime ? Sacrebleu).

Du coup on a actuellement un paragraphe esseulé au milieu d’un article, blindé d’affirmations péremptoires soulignées d’un [réf. nécessaire] tout aussi péremptoire, avec des connexion logiques mises en valeur par une chouette balise [travail inédit ?].


Comment on restitue ce genre d’informations alors ?

Il existe plusieurs écoles évidemment :

  • La Axe High School of kaboom theory : on supprime tout, on ne dit rien, et de manière récurrente on verra revenir sur l’article des gens affolés par la colonisation des anglo-saxons qui soit hurleront sur l’article que wikipédia les fait pleurer avec sa culture jeuniste, soit iront ajouter un laïus sourcé avec leur intuition et leur doigt mouillé
  • L’institute of pifometry : on laisse nos suppositions, nos liens logiques, on restitute toute les sources on les croise car on est intelligents, on fait du TI plein pot et comme chacun a sa manière d’interprêter, on se fritte sur la page de discussion jusqu’à ce que mort s’ensuive ou qu’un alumni de la Axe-High passe et pose le bandeau de la muerte
  • La Demi-molle Academy : qui consiste à trouver un moyen terme, qui procurera suffisamment d’insatisfaction à chacun pour qu’on se dise que ça emmerde bien l’autre donc on va laisser comme ça, j’aime pas mais ça lui fera les pieds, rire en dehors fort diraient les anglais.

Le fait est que restituer avec simplicité sans interpréter outre-mesure des sources est un exercice compliqué. Outre le problème soulevé par Alexander Doria des sources secondaires de qualité qui sont erronées (mais avec gusto !), le problème est que Wikipédia navigue toujours dans un entre-deux-eaux flou d’extrapolation totale et de restitution lapidaire sans lien logique.

Ainsi les sources dites primaires, dont la substance a été produite par le sujet même de l’article, ne peuvent pas servir à sourcer autre chose que des faits, des éléments factuels. Si une entreprise a fait 300 millions de gloubitz de bénéfices, on ne peut pas écrire qu’elle est florissante, qu’elle fait de beaux CA etc. Elle fait 300 millions, point barre. On remise son cerveau à l’entrée, seules les sources qui analyses ces phénomènes peuvent nous dire si 300 millions de gloubitz c’est typique sur le marché ou si c’est un CA de folie. On se retrouve, comme ça, avec des articles parfois vides de contenu parce que l’on ne peut pas aller au-delà de ce que les références nous offrent : non on ne pourra pas dire que cette vidéo youtube est très regardée, même s’il y a 2 millions de vues, il faut que le guardian le dise. En attendant on se contentera de la vidéo a été vue 2 millions de fois. ce qui veut tout dire et à la fois rien.

Les articles de wikipédia (sur près d’un million cinq d’articles, dont peut-être seulement 50% sont sourcés) sont souvent ainsi, dans les ébauches les plus sommaires comme dans les articles simples mais fouillés, sur les articles des chansons, des disques, des films, des entreprises, on retrouve des informations purement factuelles, des choses qui relèvent de fiches : qui veulent tout et rien dire, qui sont l’alpha et l’oméga de la vacuité. On ne peut pas recouper, on a juste le classement.

Le fait est que la capacité de pignolage de l’univers semble finie, plus finie que celle des wikipédien. On est donc destinés, je pense, à avoir des disques dont on bleuis chaque lien vers une chanson, quitte à se retrouver avec un squelette du type « Truc est la énième piste du disque Muche du groupe Machin, sortie en 15 av. J.-C., elle a été classée trois semaines au Rome Hit Parade. »

Une ligne de texte dans un grand article vide, avec une belle infobox et une palette remplie d’ébauches : vue d’artiste.

Et c’est bien dommage.

L’inverse est qu’il existe des sujets à haut potentiel de pignolage, qui jusque là n’ont pas été vraiment très étudiés. Ou peut-être trop mais à force d’étude, il y a des questions qui demeurent voilées, passées à la trappe. Et la tentation du TI est d’autant plus forte, que là où les ébauches basées sur du factuel sont un terrain bien aride pour extrapoler, les articles où il suffit de se baisser pour ramasser les sources par boisseaux amènent largement plus de terreau pour les imaginations un peu vives, les esprits un peu chagrins ou les experts un peu bridés (ceci n’est pas une blague raciste sur les chinois, merci).

Comme pour les disques ou les scènes de crime, je dis cela pour y avoir assisté… et avoir dû manier la hache. Dans la liste des plus jeunes mères du monde, sujet qui suite à une procédure de suppression a été conservé pour son encyclopédisme, une partie de contextualisation avait été rédigée. La liste des plus jeunes mères du monde, c’est une longue recension de cas de grossesses précoces menées à leur terme. Avant c’était une liste bornée aux cas de maternité jusqu’à 12 ans.

Pourquoi douze ans ? C’était le but de la section de contextualisation que de l’expliquer. Mais le problème ce que s’il existe pléthore de sources traitant de l’âge des premières règles, l’âge de la puberté, l’âge d’apparition des caractères sexuels secondaires, aucun ne traite de l’âge « normal » de grossesse. On parle de grossesses précoces dans bien des sources mais à quel âge on passe de précoce à « un peu tôt mais bon ça va » ? Tout l’enjeu de cette section devient soudain aussi un terrible jeu de funambule : il faut recouper les sources, mais rester factuel, il faut tirer une conclusion mais ne pas la sortir de sa poche, il faut restituer la connaissance là où il y en a tellement qu’un article dédié serait en fait… peut-être mieux indiqué.

Or si au début le rédacteur principal estime que 12 ans semble un âge assez précoce pour devenir mère (les grossesses à douze ans sont exactement le genre d’événement qui feraient un bon sujet d’émission pour Bellemare), les statistiques disent que non : quand on voit les courbes des âges des mères au Mexique, il y a déjà de quoi pleurer et perdre foi en l’humanité, mais aussi de quoi complètement remettre en question cette supposition : de 400 à 1000 cas par ans (vous pouvez pleurer : ce genre de grossesses n’est en général pas du tout le résultat d’un consentement mutuel). Et puis ensuite il a fallut virer la section des cas de grossesses à onze ans. Pourquoi ? Trop de cas (c’est glauque ? oui, mais Wikipédia n’a pas vocation à oublier l’encyclopédisme du côté noir de l’Homme).

Mais en quoi est-ce justifiable par les sources ? Enlever ces sections n’est-il pas en quelque sorte un TI ? Avoir ces sections est-il un TI ? Comment justifie-t-on ce choix ? La longue introduction actuelle ne fait que discuter de la tendance lente à la décroissance de l’âge d’apparition de certains caractères sexuels secondaires, de constater que la puberté ben… elle dépend de plein de trucs. Mais en quoi peut-on dire que à dix ans les grossesses sont suffisamment précoces pour qu’on fasse partie du très sélect club des mères les plus jeunes du monde, et après onze ans, non ?

Je n’ai pas de réponse à cela. J’y vois un jeu de funambule très difficile parfois à conduire, encore plus complexe à expliquer à quelqu’un qui n’est pas au fait des us et coutumes de ce rassemblement de coupeurs de cheveux en quatre que sont les wikipédiens. Une des grandes beautés de la contribution à Wikipédia c’est un peu ça finalement. Ce n’est pas que son rassemblement infini de connaissances humaines, c’est la découverte des interstices de l’Histoire, de ces choses qu’on ne voit que lorsqu’on a compulsé des centaines de sources, de ces choses que l’on ne découvre que parce que l’on atteint un sujet qui n’a jusque là, intéressé qu’une poignée de personnes dans le monde entier qui n’ont jamais pu/voulu publier leurs réflexions.

L’univers est vaste et dans cinquante mille ans on se demandera pourquoi, putain, tous les sujets de thèse portent sur les chats et internet.

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Une réflexion sur “L’assassin revient toujours sur les lieux de son travail inédit

  1. Eh bé… Belle évocation d’un sujet wikipédien au possible…
    Je partage assez ton diagnostic du rôle de « révélateur » de Wikipédia pour les « trous » de la recherche universitaire. J’avais d’ailleurs conçu une wishlist des références scientifiques inexistantes mais que l’on devrait inventer : http://fr.wikipedia.org/wiki/Wikip%C3%A9dia:Wishlist_de_recherches_universitaires
    Pour l’instant, elle n’a rencontré aucun succès, mais je continue de penser que l’idée a un certain avenir. Peut-être que d’ici 2025, les wikipédiens seront définitivement intégrés à l’organisation du travail scientifique, en tant que dénicheurs de sujets pointus, mais nécessaires, auxquels personne n’avait jusque là pensé…

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